Éditorial : Interdiction des manifestations à Uvira, entre l’autorité urbaine et les manifestants, qui est hors-la-loi ?
Published on Sunday 02 November 2025 - 18:40
À Uvira, l’annonce de l’interdiction de toute manifestation, marche pacifique, ville morte ou sit-in par l’autorité urbaine a ravivé un vieux débat sur les limites du pouvoir administratif face aux libertés publiques garanties par la Constitution. La question mérite d’être posée : entre le maire et les manifestants, qui agit réellement hors du cadre de la loi ?
Selon l’article 26 de la Constitution de la République démocratique du Congo, « la liberté de manifestation est garantie ». Les citoyens ont donc le droit de se rassembler pour exprimer pacifiquement leurs revendications, à condition d’en informer l’autorité compétente. Il ne s’agit pas d’une demande d’autorisation, mais d’une simple notification préalable. Ce principe est encore renforcé par le Décret-loi n°196 du 29 janvier 1999, qui reconnaît à tout Congolais le droit d’organiser des manifestations pacifiques, dans le respect de la loi et de l’ordre public.
En clair, la loi congolaise établit une hiérarchie limpide : la liberté est la règle, l’interdiction l’exception. L’autorité administrative ne peut suspendre ou interdire une manifestation que pour des motifs sérieux et prouvés de menace à l’ordre public. Et cette décision doit être motivée par écrit et notifiée à temps aux organisateurs.
Le Décret-loi n°196 du 29 janvier 1999, précise les cas où l’autorité peut intervenir. À son article 5, il stipule que: l’autorité peut interdire une manifestation si elle estime que celle-ci risque de troubler gravement l’ordre public, la sécurité ou la tranquillité publique.
Dans le cas d’Uvira, la Nouvelle Société Civile Congolaise Axe Sud Sud-Kivu, en collaboration avec les infirmiers, avait respecté la procédure légale : une lettre d’information adressée au Gouverneur le 29 octobre 2025, soit 72 heures avant la marche prévue le 3 novembre, pour réclamer le paiement de plusieurs mois d’arriérés de salaire et la réparation du pont Kavimvira. Cependant, le maire a décidé d’interdire toute forme de manifestation, invoquant des raisons sécuritaires générales, sans préciser la nature exacte des menaces ni proposer des mesures alternatives de sécurité.
Une telle décision interroge. Certes, la préservation de l’ordre public est une responsabilité légitime de l’autorité, mais elle ne saurait servir de prétexte à la restriction systématique des libertés fondamentales. À force de brandir la sécurité pour interdire toute expression publique, le risque est grand de glisser vers un autoritarisme administratif déguisé.
Les citoyens, eux, ne demandent pas l’anarchie. Ils réclament simplement l’application des droits que la Constitution leur garantit : le droit de manifester pacifiquement, d’exprimer des revendications sociales, et d’être entendus. En bloquant cette voie, l’autorité coupe un pont entre la population et les institutions, favorisant la méfiance et la colère plutôt que le dialogue.
En définitive, la loi est claire : manifester est un droit, interdire une exception. Si les manifestants d’Uvira ont respecté la procédure et que l’autorité n’apporte pas la preuve d’un danger réel, alors ce n’est pas la rue qui est hors-la-loi, mais le bureau. Il est temps que les autorités locales comprennent que garantir les libertés publiques ne diminue pas leur autorité, mais renforce leur légitimité.
La Rédaction d’AVERTICOM.
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