ÉDITORIAL : S’installer à Uvira et y vivre jour et nuit : « La charité bien ordonnée commence par soi-même »

Published on Monday 11 May 2026 - 16:16

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L’appel du vice-gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Elakano, demandant aux agents et fonctionnaires de l’État de résider à Uvira jour et nuit continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Présentée comme une mesure visant à rassurer la population et à renforcer la proximité entre les autorités et les citoyens, cette instruction soulève pourtant une question fondamentale : les dirigeants eux-mêmes donnent-ils l’exemple qu’ils exigent des autres ?

Dans un contexte sécuritaire encore fragile, marqué par des cas récurrents de banditisme, de tirs nocturnes, de pillages et de psychose sécuritaire, demander aux agents publics de s’installer durablement à Uvira peut paraître compréhensible sur le plan institutionnel. Un État ne peut inspirer confiance si ses propres représentants fuient les zones qu’ils administrent. La présence effective des services publics est souvent perçue comme un signe de stabilité et d’autorité.

Mais la difficulté de cet appel réside dans ce que beaucoup considèrent comme une contradiction visible entre le discours officiel et la pratique des autorités elles-mêmes. Selon plusieurs citoyens et commentaires relayés sur les réseaux sociaux d'AVERTICOM, plusieurs responsables politiques et administratifs du Sud-Kivu vivent actuellement au Burundi avec leurs familles. Parmi les noms régulièrement cités figurent certains ministres provinciaux, des députés nationaux, mais aussi le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, ainsi que le vice-gouverneur Jean-Jacques Elakano lui-même. 

Des internautes affirment également que la famille du vice-gouverneur, notamment sa femme et ses enfants, résideraient au Burundi. Dès lors, beaucoup se demandent : comment convaincre les agents de l’État de rester à Uvira lorsque les principales autorités continuent elles-mêmes à chercher refuge ailleurs ?
L’adage populaire selon lequel « la charité bien ordonnée commence par soi-même » trouve ici tout son sens. En matière de gouvernance, l’exemplarité est une condition essentielle de l’autorité morale. Un dirigeant convainc davantage par ses actes que par ses déclarations. 

Si les autorités veulent réellement rassurer la population et encourager les fonctionnaires à vivre à Uvira, elles doivent être les premières à démontrer, par leur présence permanente, que la situation sécuritaire permet ce choix. Cela ne signifie pas que les inquiétudes sécuritaires sont imaginaires. Au contraire, le fait même que des responsables politiques préfèrent loger au Burundi montre que la peur et l’incertitude persistent, y compris au sommet des institutions. 

Ce constat devrait pousser les autorités non pas à culpabiliser les agents publics, mais à accélérer les efforts pour restaurer durablement la sécurité.
Le débat actuel dépasse donc la simple question du lieu de résidence des fonctionnaires. Il touche à la confiance entre gouvernants et gouvernés. Une population observe les comportements de ses dirigeants avant d’écouter leurs discours. Lorsqu’il existe un décalage entre les consignes données et les pratiques des décideurs, la crédibilité institutionnelle s’affaiblit.

Cependant, certains soutiennent malgré tout la démarche du vice-gouverneur, estimant qu’il est temps que les élites politiques et administratives contribuent à la relance économique d’Uvira. Chaque jour, des sommes importantes sont dépensées au Burundi pour le logement, la restauration et divers services, alors que cette consommation pourrait bénéficier aux commerçants et aux familles locales. D’autres estiment également qu’une présence permanente des autorités permettrait une meilleure compréhension des réalités sécuritaires vécues par les habitants.
Mais pour que cet appel soit entendu et respecté, il doit commencer par le sommet. Car dans toute société, le leadership véritable repose sur l’exemple. Et à Uvira aujourd’hui, beaucoup rappellent une vérité simple : la charité bien ordonnée commence d’abord par soi-même.

KEFA KARAGO PLACIDE Éditorialiste.


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