Ultimatum expiré à Uvira : l’autorité face à l’épreuve de la crédibilité. 

Published on Friday 06 February 2026 - 11:24

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Cinq jours. C’est le délai accordé aux habitants de la ville d’Uvira pour restituer les biens pillés dans les maisons publiques et privées lors du retrait des rebelles de l’AFC/M23. Un ultimatum clair, contenu dans un communiqué officiel signé le 28 janvier 2026 par le maire de la ville. Pourtant, plus de dix jours après, le constat est amer : aucune suite visible, aucun bilan officiel, aucun signal fort de l’autorité urbaine.

Photos et vidéos abondamment relayées sur les réseaux sociaux témoignent pourtant de scènes de pillage impliquant des femmes, des hommes, des jeunes filles et garçons. Des biens appartenant à des familles, mais aussi à des services de l’État, restent entre les mains de certains habitants. À ce jour, nul ne sait officiellement si des restitutions ont eu lieu, si des récalcitrants ont été identifiés ou si l’ultimatum est simplement tombé dans l’oubli.

Dans son communiqué, le maire avait pourtant été explicite : un bouclage serait organisé pour traquer les auteurs qui refuseraient de restituer les objets volés. L’absence de toute communication après l’expiration du délai pose une question centrale : l’autorité urbaine ira-t-elle jusqu’au bout de sa parole ?

À Uvira comme ailleurs en RDC, la population a trop souvent été témoin de décisions fortes annoncées, mais jamais appliquées. Lorsque les engagements des autorités restent sans suite, c’est la crédibilité de l’État qui s’effrite, et avec elle, la confiance déjà fragile entre gouvernés et gouvernants. 

Pire encore, l’impunité devient la norme, encourageant la répétition des mêmes abus lors de chaque crise sécuritaire.
Les familles spoliées et les services publics pillés attendent justice. Elles n’attendent pas des discours, mais des actes : la restitution des biens, l’identification des auteurs et, si nécessaire, des poursuites judiciaires. Restaurer l’ordre ne signifie pas punir aveuglément, mais faire respecter la loi avec équité et fermeté.

Des observateurs locaux appellent l’autorité urbaine à assumer pleinement ses responsabilités. Respecter sa parole, c’est envoyer un message clair : le pillage n’est ni toléré ni justifié, même dans un contexte de guerre et de confusion. À défaut, le silence des autorités risque d’être interprété comme un aveu d’impuissance, voire une caution tacite.

L’ultimatum est expiré. La suite ne devrait plus être une promesse, mais une action. Uvira a besoin de justice pour panser ses plaies, pas d’un énième rendez-vous manqué entre l’autorité et la population.

Kefa Karago Placide, éditorialiste.


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